Yerres
Caroussel
 

Anne Guérin nous parle de "La gravure en mouvement"

Jusqu'au 2 décembre 2012, la Ferme Ornée crée l'événement avec l'exposition "La gravure en mouvement du XVe au XXIe siècle". Une sélection d'une centaine d'oeuvres de 40 artistes tous talentueux.
La municipalité yerroise entend ainsi poursuivre et confirmer son ambition de faire de la propriété Caillebotte (gérée depuis 1973) une référence en matière d'art et de réflexion.
Anne Guérin (ci-dessous, à droite), commissaire d'exposition avec Louis-René Berge, a répondu à nos questions.

>> Qu’avez-vous voulu montrer avec cette exposition ?

Nous avons souhaité montrer l’évolution de la gravure originale du XVe au XXIe siècle en présentant des artistes d’exception qui ont associé innovations techniques et talent créateur dans des œuvres unissant beauté et émotion. Nous n’avons pas perdu de vue qu’à côté de la gravure originale existe la gravure d’interprétation qui a contribué elle aussi, outre son rôle utilitaire, à enrichir la pratique de cette discipline.
Marc-Antoine Raimondi (1480-1534) a interprété des œuvres de Raphaël, avec une belle sensibilité, une parfaite connaissance de l’art antique, il a inauguré l’ère de la gravure d’interprétation. Arrêtez-vous devant cette admirable planche réalisée au burin d’après Raphaël : Le Massacre des innocents (vers 1509)...
Lorsque Louis-René Berge a initié un projet d’exposition concernant la gravure du XXIe siècle, il souhaitait insister sur les différentes techniques. J’ai proposé alors de faire entrer le visiteur dans le mouvement de la gravure dès le XVe siècle, toutes ces techniques : la gravure sur bois et la  gravure sur métal (burin, pointe-sèche, eau-forte, aquatinte, manière noire…) ont été inventées entre le XVe et le XVIIe siècle et elles n’ont cessé de s’enrichir et de se réinventer au fil des siècles.
Au milieu du XVe siècle, avec l’invention de l’imprimerie, orfèvres et imprimeurs s’unissent pour mettre au point l’art de l’estampe. Dès le départ certains grands peintres ont vu dans l’impression de multiples un moyen de faire connaître leurs œuvres à un public un peu plus étendu que leurs seuls commanditaires et ils consacrèrent dés lors, une part de leur talent de dessinateur à la plaque de métal.
La gravure au burin a été portée d’emblée à des sommets au XVe et XVIe  siècle par Mantegna, par Dürer ou encore par Jean Duvet. Dans la préface du catalogue, une jolie phrase de Maxime Préaud, conservateur général à la Bibliothèque nationale de France, résume bien ce qu’est la gravure : « La gravure est un art solitaire, mais l’estampe est celui du partage. » Et l’estampe n’en demeure pas moins originelle et originale. (…)

>> Quel rôle a joué la propriété Caillebotte dans l’exposition ?

J’ai eu le plaisir d’inaugurer le centre d’art de la Ferme Ornée avec une exposition de gravures du buriniste Roger Vieillard et d’œuvres de son épouse, la peintre Anita de Caro. Roger vieillard (photo d'une oeuvre ci-contre) est le grand buriniste du XXe siècle. J’ai été enchantée par la beauté du lieu, par l’esthétique de la respectueuse rénovation entreprise par Monsieur le député-maire Dupont-Aignan et la municipalité. On y retrouve l’esprit de créativité et de mécénat qui fut celui de Gustave Caillebotte.
Louis-René Berge est d’ailleurs venu à ma rencontre le jour du vernissage, en me parlant d’un projet d’exposition de gravures du XXIe siècle. Louis-René Berge, grand buriniste, est un fervent défenseur de la gravure à la fois par son art et les actions qu’il mène en faveur de cette discipline. De rencontres en réunions, le projet initial a donné vie à cette exposition.

>> Quelle technique est la plus utilisée par les graveurs contemporains ?

Aucune n’a été délaissée. Elles sont en perpétuelle évolution. L’héritage assumé, les graveurs contemporains ne cessent d’innover et de multiplier ces procédés dans une combinatoire sans fin. Prenons l’exemple de la technique de la manière noire, inventée au XVIIe siècle, technique peu appréciée alors en France, elle connaîtra un vif succès au siècle suivant en Angleterre avec la vogue des portraits et son apogée avec les graveurs actuels, Mario Avati est un grand maître de cette technique. André Bongibault crée une œuvre impressionnante, il mêle savamment plusieurs techniques, il inonde sa planche d’une lumière centrale en passant imperceptiblement d’une technique à une autre, le glissement du burin vers l’aquatinte et la manière noire par exemple, la gravure Les eaux du ciel restitue « une fusion des éléments naturels par la fusion des techniques ». Devorah Boxer exprime par des moyens sobres et équilibrés la beauté d’objets quotidiens, chargés d’humanité. Je pourrais citer tous les artistes.

>> Avez-vous un coup de cœur parmi les œuvres exposées ?

Peut-être cet exquis et délicat burin de Dürer Saint Antoine lisant sur la colline (ci-contre), mais je vous dirais que j’ai un coup de cœur pour chacune des œuvres car elles ont été choisies. Attardez-vous devant cette eau-forte Soleil levant de Claude Lorrain, la scène portuaire naît de la lumière ou sur ce portrait frémissant de vie réalisé à l’eau-forte par Anton Van Dyck…. Toutes les œuvres présentées sont exceptionnelles, Remarquons par exemple les reliefs gravés de Roger Vieillard. L’artiste élève la gravure en une stèle scripturaire en imprimant sa plaque de cuivre, profondément taillée au burin et encrée dans le plâtre. Il monte le relief obtenu sur un socle peint de sa fabrication. La gravure prend ainsi des dimensions nouvelles, occupe un autre espace que la gravure sous-verre accrochée à un mur. Le tirage sur plâtre est réduit, rarement plus de deux épreuves.

>> Avez-vous rencontré des difficultés, des refus auprès des institutions pour obtenir toutes ces gravures de grands noms ?

Non, nous n’avons pas rencontré de difficulté particulière, c’est une procédure assez longue, il a fallu faire des recherches auprès de différentes institutions. Parfois nous n’avons pas pu obtenir le prêt de la gravure choisie, soit parce qu’elle était présentée dans une autre exposition, soit parce qu’elle avait été exposée récemment, dans ce dernier cas, la gravure reste « au repos » pendant quelque temps dans un souci de préservation, les belles  gravures anciennes sont rares et le papier est très fragile, sensible à la lumière, aux variations de température. Bien évidemment le lieu d’exposition doit répondre à toutes les exigences muséales de sécurité et de conservation des œuvres.

>> Quelles ont été les institutions sollicitées pour cette exposition ?

La Bibliothèque nationale de France, l’École nationale supérieure des Beaux- Arts à Paris, le musée des Beaux- Arts de Caen, le musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines, la galerie Michèle Broutta. Un certain nombre d’œuvres proviennent de collections privées.

>> Quelle est la place de la gravure dans l’histoire contemporaine de l’art ?

Elle est remarquable, la gravure s’impose chaque année de manière magistrale au Salon d’Automne. Vers la fin du XIXe siècle, la photographie et l’industrialisation libèrent la gravure de son rôle utilitaire, la gravure devient alors un acte créatif à part entière et va connaître un essor important au XXe siècle. Elle va s’inscrire dans la modernité et participer à tous les mouvements d’avant-garde. Elle est un art majeur, cependant en France la gravure reste encore un art relativement confidentiel.

>> Comment le visiteur doit-il aborder cette exposition ?

En toute liberté. Nous pourrions suggérer au visiteur de suivre le parcours chronologique, ce qui devrait lui permettre d’entrer dans le mouvement de cet art, de suivre l’évolution des différentes techniques, des recherches plastiques infinies pour transmuer l’idée, la vision, l’imaginaire ou l’inconscient de l’artiste dans la matière. L’exposition s’ouvre au premier étage avec les gravures des maîtres anciens, celles du XXe-XXIe siècle et se termine avec la suite des gravures du XXIe siècle dans le grand espace du rez-de-chaussée.

Cette exposition est une transmission des grands maîtres de la gravure à ceux des artistes d’aujourd’hui qui ont choisi la plaque de cuivre ou la planche de bois comme espace de création et de méditation. L’hommage aux maîtres anciens met en lumière l’énergie d’expression créatrice des artistes contemporains.

Informations pratiques

"La gravure en mouvement" - Jusqu'au dimanche 2 décembre
Centre d'Art et d'Expositions, La Ferme Ornée, 2 rue de Concy.
Ouvert du mercredi au vendredi de 14h30 à 18h30.
Samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 12h et de 14h30 à 18h30.

>> Conférence de Maxime Préaud, conservateur général honoraire du département des Estampes et de la Photographie à la Bibliothèque nationale de France, le 17 novembre à 15h.
 

 

 
Plan du site -  Contact Mairie -  Mentions légales -  Accessibilité -  Contact DPO -  Haut de page